Zermatt, so smart !

Toutes les fées scintillantes se sont penchées sur Zermatt : y accourent les meilleurs skieurs, friqués et fringants, les mêmes que l’on retrouve dans les bars de rue, bondés au retour du ski. Les terrasses d’altitude perchées à plus de 3000 m surfant sur les cuisines du monde (mais rassurez-vous , la fondue tient toujours le haut de la marmite).

On y trouve des hôtels qui ont fêté leur cent-cinquantenaire depuis belle lurette et les hôtels du futur , dans l’esprit club privé.
Des boutiques ultra chic aux vitrines design voisinent avec le chalet-souvenir qui vend les boules de neige du Cervin. Neige , ski , restos d’altitude , village piéton, voitures électriques… on ne voit pas de station cochant au tant de cases ! Smart, Zermatt !

À Zermatt, tout est à deux pas. Et tant mieux, car on s’y déplace à pied ou en (rares) taxis électriques ou calèches. En hauteur, le vieux village, l’Hinterdorf, avec ses ruelles pavées et ses chalets penchés brunis par l’âge, dont certains remontent au XVème siècle. En bas, Bahnhofstrasse, la rue principale, « la promenade », où l’on s’arrête tous les trois pas pour bavarder. À l’heure de pointe, au retour du ski, les bars de rue sont pleins, les boutiques s’illuminent. À la patinoire, les projecteurs éclairent une partie de hockey sur glace, les petits bonhommes casqués n’ont pas douze ans ! On est frappé par l’harmonie de la station. Elle ne fait qu’une de 1600 à 3000 m. Ça se voit même dans les restaurants où gastronomie et vie des alpages font cause commune. Comme au Schäferstube dont les patrons élèvent leur propre troupeau. La station a grandi sans à-coups depuis les débuts du tourisme alpin vers 1820.

Dormir à Zermatt

La première auberge ouvre en 1838, qui deviendra en 1855 le palace Monte Rosa. La station est tenue par cinq familles, les hôtels plus que centenaires voient revenir fidèlement leur 5ème génération d’habitués, (70% de la clientèle). À leur tête, l’arrière arrière petit-fils du fondateur (comme André Seiler au Mont Cervin, 5ème descendant d’Alexander Seiler). On ne compte plus les gouvernantes, chauffeurs ou maitres d’hôtel qui affichent 40 ans de maison, comme Francesco au Beau-Site, fondé en 1907. Eau gazeuse dans la salle de bains ou allergie aux myrtilles, vos désirs sont gravés dans un fichier. Tous pimpants, les palaces savent ce qu’il faut faire pour ne pas vieillir et leur Spa sont des plus sophistiqués, espace, colonnes et marbre en sus (il faut rester dans le ton). Palaces anciens et boutiques-hôtels Cela ne bride pas la créativité des boutiques-hôtels, encore peu nombreux mais qui n’ont pas peur d’exprimer leur différence. Verre, acier et ambiance lounge pour l’Omnia et Spa des cinq sens pour le Julen.

Dans un autre style, élégant et discret, notre préféré, le Cervo. Que ce soit le petit salon librairie qui jouxte l’accueil et ses canapés en tweeds anglais, ou le restaurant Ferdinand dédié à la cuisine des alpages, avec ses moulures et son gros poêle en faience, ou le Puro, influences italiennes et effluves de truffe… ou encore dans les 36 chambres réparties dans les 6 chalets alentour (chacun avec son spa privé), le style est alpin sans les clichés, tout est raffiné, épuré, recherché sans ostentation, à l’image de Seraina et Daniel Lauber, les maitres de maison .

Heinz Julen, autodidacte revendiqué 9 établissements de Zermatt à son actif, Heinz Julen a incontestablement réussi et c’est d’autant plus sympathique de le voir si spontané et enthousiaste. Depuis qu’enfant, il peignait le Cervin et vendait ses « croûtes » dans le restaurant de ses parents, Heinz Julen ne cesse d’expérimenter et d’inventer.

Sa dernière « art performance » : lancer des cubes en métal depuis la face nord du Cervin et les récupérer plus bas, cabossés, déformés par l’aventure. Il y a eu plusieurs séries avec différents cubes, colorés, avec des pierres à l’intérieur… Toujours en avance d’une tendance, il se dit « rattrapé par l’air du temps », a poussé à fond, le concept des cinq sens et de la création du monde dans un Spa étonnant, recycle tout (ses lustres faits d’instruments de musique) « j’aime les choses qui ont un vécu, j’essaye toujours de raconter une histoire », fait ses plans sans architecte, sans ingénieur… « je suis le dernier Walser ! »

Carine ET Meringue, Un choix exquis

Carine Sermet est française. Venue en voyage d’études pour les 3 Vallées en 2009, elle y restera. Par amour pour leur guide, Marco Godat, créateur du festival Zermatt unplugged (dix ans cette année), d’un symposium sur la montagne, Zermatt impulse, et de Kitchen around, l’idée est amusante : 4 amis dans 4 restaurants, prennent un plat à la cuisine et vont de l’un à l’autre en taxi électrique. Carine s’adapte vite à une autre culture, une autre langue, « mais trouve des points communs entre les acteurs de la montagne d’où qu’ils soient » Avec son goût très sûr et sa connaissance des beaux intérieurs de montagne, elle ouvre sa boutique de déco, Meringue. On y trouve quelques meubles, beaucoup d’accessoires pour tous les moments de la journée, repas, sommeil, enfants, petits cadeaux d’invités… Tout est exquis et bien choisi. « Et utile ! On est en Valais, on n’est pas en Suisse, on n’achète pas pour se faire plaisir mais parce qu’on en a besoin… »

Skier à Zermatt

Le ski a commencé à Zermatt au début des années 1800. Et c’est un sinistre fait divers (accident provoqué ou non ? le mystère demeure), la mort de quatre jeunes alpinistes de cordée le 14 juillet 1865 qui laissa, par défaut, la victoire de la première ascension du Cervin à l’anglais Edward Whymper et aiguisa la curiosité du monde entier pour le petit village. Qui lui, le méritait haut la main ! Qui peut compter 38 sommets de plus de 4000m à portée de vue, Le plus bel angle sur le Cervin. Une piste de 25 km. L’hôtel le plus élevé d’Europe, le Kulmhotel Gornergrat à 3100 m. À Zermatt, la rue est sportive.

Il faut voir tôt le matin les skieurs, skis à l’épaule s’entasser dans le petit tram rouge (construit en 1898) qui monte au Gornergrat à plus de 3000 m en 33 mn. La saison de ski ne s’arrête jamais puisqu’on skie sur le glacier tous les jours de l’année. L’ascension du Breithorn est pour beaucoup d’alpinistes leur premier “4000“, départ au lever du jour en compagnie d’un guide et arrivée quelques deux heures plus tard. Le domaine skiable n’est pas le plus grand du monde (360 km de pistes pour le Matterhorn ski paradise) mais il est très pointu et remarquablement entretenu. Ceux qui skient et ceux qui les regardent, se donnent rendez-vous sur la terrasse du Riffelalp, Al Bosco, dont les serveurs sont en noir des pieds à la tête comme les jeunes gens qui placent les invités aux Collections à Paris. Les restaurants d’altitude sont souvent d’anciennes fermes qui servent les produits de leur élevage et de leur fromagerie.

À Zermatt, comme chaque soir, la nuit sera très animée mais tôt demain matin, on reverra les skieurs s’enfourner dans le tram rouge.

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