Nous sommes sur le départ, Tiphaine Duperier, Boris Langenstein, Guillaume Pierrel et moi-même, pour le Pakistan pour aller skier des sommets encore inexplorés, mais aussi le Gasherbrum II, l’un des quatorze 8000.. Histoire d’un rêve qui va bientôt devenir réalité !

Un coup de fil qui fait tout basculer

Il y a deux mois, je reçois l’appel d’un ami de la formation pour être guide de haute montagne qui me parle de son projet de ski au Pakistan et du fait que l’un des membres de leur équipe ne peut finalement plus venir.
– « Et vous cherchez quelqu’un d’autre ?
– Oui, mais quelqu’un de confiance, et de vraiment motivé, on n’a pas envie d’être lâché au dernier moment !
– Moi ça me tente beaucoup, dis-je timidement, ce serait un rêve qui deviendrait réalité. »

Et voilà, la machine est lancée. Guillaume me répond que mon profil correspond parfaitement au projet, mais me laisse le temps de la réflexion, car c’est un investissement d’ampleur, sur le plan physique, mental et financier. Il m’explique plus en détail le déroulé de l’expédition et nous nous laissons rêver à des sommets du Karakoram.
Le lendemain, je le rappelle : «Je viens avec vous ».

Camp de base du Gasherbrum

Expédition au Pakistan : Plan du match

Le projet, c’est de partir au Pakistan pendant deux mois. Le premier mois nous irions dans la région sauvage et peu connue du Chiantar, pour s’acclimater et faire glisser nos spatules sur des pentes encore vierges, si possible ! Dans cette zone à la frontière de l’Afghanistan, de nombreux sommets sont encore notés «unamed » sur les cartes…Cela me fait rêver… J’adore ce côté exploration… Cet inconnu si attrayant et un peu intimidant. Dans le monde actuel, il est difficile de croire que certains endroits n’ont pas encore été visités par l’Homme.
L’idée serait de mettre nos affaires de bivouac et d’alpinisme dans des pulkas (sorte de luge que l’on tire derrière soi à l’aide de cordes) afin d’être autonomes pendant une quinzaine de jours. Nous pourrions ainsi poser des camps de base dans des lieux qui nous inspirent et rayonner autour du camp pour aller chercher des lignes esthétiques à skier.

L’ascension d’un 8000m au Pakistan

La deuxième partie du voyage sera l’ascension du Gasherbrum II. Pour cela, une jeep nous permettra de rejoindre le village d’Askole, dernier lieu civilisé non loin du Baltoro Glacier (l’un des plus longs du monde !).
De là, un trek de plusieurs jours nous amènera au Camp de base, à 5000m au dessus du niveau de la mer.
Le premier mois passé à skier en altitude devrait être bénéfique pour notre acclimatation, mais les ascensions de hautes altitudes prennent du temps car il faut faire des allers-retours entre les différents camps afin d’acheminer le matériel et de s’adapter lentement au manque d’oxygène. En effet, la baisse des pressions atmosphériques en altitude a une répercussion directe sur la quantité d’oxygène disponible pour le corps humain obligeant celui-ci à s’adapter avec une hyperventilation et une augmentation de la fréquence cardiaque de repos et d’effort.

Le risque d’oedème pulmonaire est important lorsqu’on ne respecte pas son rythme ou que l’on veut aller trop vite. Et ce genre d’accident peut prendre des proportions ingérables quand on est à plusieurs jours du premier hôpital…
Il faut compter environ trois semaines pour l’ascension du Gasherbrum et le retour dans la vallée. La fourchette est large pour permettre d’avoir le meilleur créneau météo possible, et ainsi les meilleures conditions pour ce que l’on appelle « l’assaut final », le jour du sommet.

Pakistan-ski-pulkas
Ski au Pakistan

Une expédition avec une équipe expérimentée

Le Karakoram, notre destination, est une chaine de montagne mythique, à la frontière du Pakistan, de l’Inde et de la Chine. Elle rassemble une très forte concentration des hauts sommets, dont le deuxième plus haut du monde : le K2 (8611m). Je suis impatiente d’allée découvrir ces paysages.
Personnellement, je n’ai pas d’expérience de la haute altitude…Je ne suis jamais allée au-delà de 6500m. Mais cela m’a toujours attirée. Depuis toute gamine, je dévore les livres relatant les expéditions en Himalaya.

J’ai aussi une très bonne amie qui a gravi plusieurs sommets de plus de 8000m (dont deux fois l’Everest !), qui m’a raconté en détail ses aventures alors que je buvais ses paroles…
Les autres membres de l’équipe sont beaucoup plus expérimentés que moi en matière de hauts sommets. En effet, Tiphaine Duperier et Boris Langenstein ont déjà dans leur sac la première à skis du Laila Peak (6096m) en mai 2018 et la première du Spantik (7027m) en 2019, suivi ensuite par l’ascension du Nanga Parbat (8126m).

Guillaume Pierrel, quant à lui, a skié aux cotés de Boris, Tiphaine, Tom Lafaille et Vivian Bruchez la face Nord de la Blanche de Peuterey en mai 2020. Moniteur de ski depuis des années, il passe l’examen probatoire du guide et entre dans la formation en juillet 2018, en même temps que moi.

Ski-Pakistan
Ski-Pakistan

La rencontre

Des trois autres membres de l’expédition, je ne connaissais que Guillaume. Ce dernier a organisé un weekend chez lui à Chamonix, histoire que l’on ait l’occasion de skier tous ensemble et de faire connaissance. Je fais la route depuis les Hautes-Alpes pour rejoindre Guillaume à Chamonix.
Nous parlons de l’expédition et de la venue de nos deux co-équipiers de Val d’Isère.
En fin de journée, Tiphaine et Boris nous rejoignent pour dîner. Je suis très impressionnée par ces deux là, mais très vite, l’ambiance détendue et les rires partagés me font relâcher la pression. Le courant passe !

Le premier sommet ensemble

Le lendemain, un départ matinal nous emmène du coté du col des Montets. Un vent glacial nous cueille à la sortie de la voiture et nous commençons l’ascension emmitouflés dans nos doudounes.
Au fur et à mesure de la montée, le vent se calme et l’on se retrouve bientôt seuls dans le joli vallon de l’Aiguille de Praz Torrent.. Nous continuons notre ascension et bientôt, il nous faut mettre les skis sur le sac pour sortir du couloir et rejoindre l’arête qui atteint le sommet de l’Aiguille de Mesure. C’est magnifique !

1er sommet au Pakistan
Skier au Pakistan
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Pakistan-ski

Un trou dans la roche offre le seul passage pour se retrouver sur l’arête. Le panorama est grandiose, avec le glacier du Trient en face de nous et le Mont Blanc au loin, toujours aussi majestueux. Nous sommes heureux d’être là, ensembles, et de pouvoir partager simplement notre passion de la montagne.

Une descente technique avant l’expédition au Pakistan

La descente se fait ensuite par la face nord, où il nous faut zigzaguer à travers les barres rocheuses. La neige est assez changeante et l’ambiance est unique ! Il nous faut même sortir la corde par deux fois pour effectuer des rappels dans des passages trop rocheux. A la sortie du couloir, la neige qui a été protégée du vent est excellente à skier.

Alpinisme au Pakistan

Nous nous régalons sur quelques centaines de mètres. La dernière partie est quant à elle très joueuse, avec une sorte de boarder cross entre les arbres de la forêt, sur une neige dure et travaillée par de nombreux passages de skieurs et de randonneurs. Nous nous retrouvons au Buet, où une auberge sert des boissons fraiches et de délicieux burgers à emporter!

Le bilan de ce weekend est positif ! Je pense que nous appréhendions tous de partir avec une ou des personnes que l’on ne connaissait pas, mais ce weekend passé ensemble est de bonne augure pour la suite.
Evidemment, en deux mois d’expédition, il y aura forcément quelques accrocs, mais cela fait partie de la vie en communauté!

Sommets du Pakistan
L'équipe Pakistan

En tout cas, nous sommes motivés plus que jamais pour cette expédition! Il ne reste plus qu’à croiser les doigts pour que la situation sanitaire ne se dégrade pas et que les frontières restent ouvertes !
Affaire à suivre !

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